Formation progressive de la ville (Ve siècle-IXe siècle)
Les fouilles archéologiques révèlent que les îles et le cordon littoral de la lagune étaient déjà occupés par les hommes au temps de l'empire romain. L'arrivée des Lombards en 568 déclencha une migration massive vers le littoral, les îlots de la lagune de Venise se
révélant inviolables. Liée à Byzance, Venise va peu à peu s'en détacher. En récompense des victoires militaires obtenues grâce à sa puissance navale, la ville va obtenir pour ses marchands des privilèges commerciaux. Un autre mythe fondateur marqua l'émancipation
de Venise ; en 828, saint Marc, dont les reliques venaient d'être ramenées, remplaça Théodore comme patron de la ville. Autrement dit, un saint qu'on pourrait qualifier de latin, remplaçait un saint portant un nom grec ; Venise est désormais devenue une des capitales du monde chrétien et pouvait concurrencer Rome qui disposait quant à elle des reliques de l'apôtre Pierre.
La ville médiévale (IXe siècle-1500)
La République de Venise

Dès le XIIème siècle, Venise se dote d'une organisation politique républicaine, un doge élu à vie par le Grand Conseil et le Conseil des Dix, comité exécutif et tribunal spécial doté de pouvoirs exceptionnels ; ce conseil, associé à trois Inquisiteurs d'État, institue un état policier où chaque personne suspectée de comploter contre l'État indépendamment de son rang social, était éliminée physiquement sans procès. Le Grec Georges de Trébizonde écrit en 1451 que les Vénitiens ont modelé leur constitution sur l’idéal de la République de Platon. La ville, gouvernée avec ordre, connaissait en effet peu de rivalité entre les nobles ni de soulèvements populaires.Venise est considérée depuis le XIe siècle comme la plus grande puissance économique de Méditerranée. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, avec environ 100 000 habitants, Venise figure avec Paris, Pise, Milan, Florence, Gênes et Gand parmi les plus grandes villes d'Europe occidentale. Elle se trouve à la tête d'un État, certes de petite taille mais indépendant : la République de Venise.
Venise en guerre en Europe

Au sommet de sa puissance, Venise contrôle une grande partie de la côte de l'Adriatique, beaucoup d'îles de la mer Égée, Crète incluse, et une grande partie des comptoirs commerciaux du Moyen-Orient. Le territoire de la République dans la péninsule s'étend jusqu'au lac de Garde, le fleuve Adda et même Ravenne, qui lui permettait d'influencer la politique des villes de la Romagne. Au début du XVIe siècle, la République est une des principales puissances européennes et la richesse du commerce, l'habileté de la diplomatie et des commandants militaires et une bonne administration la place à un niveau supérieur à ceux des autres États de l'époque. Cependant, l'élargissement territorial de la Sérénissime entre en opposition avec les intentions expansionnistes du pape Jules II. Louis XII, Maximilien d’Autriche et le nouveau pape Jules II s'unissent le 22 septembre 1504 par le traité de Blois dirigé contre la Sérénissime. Bien que victorieuse, Venise s'avère de plus en plus isolée et décline sur le plan économique.
La capitale culturelle : la seconde vie de Venise (1500-1797)
Décadente économiquement, la ville se révèle extrêmement vivante et brillante sur le plan de l'esprit. Elle connaît un bouillonnement culturel favorisé par les commandes artistiques des familles patriciennes et des confréries religieuses. Parallèlement, Venise s'étourdissait dans la fête. Il y avait bien sûr le carnaval qui durait six mois de l'année. En fait, tout était prétexte à des festivités : théâtre, concerts, fêtes publiques, fêtes des saints patrons, anniversaires, baptêmes ou mariages, réception d'illustres étrangers. La fête de la Sensa au cours de laquelle le doge épousait symboliquement la mer marquait surtout les visiteurs. Venise inaugure les premiers théâtres publics d'opéra.
Venise contemporaine
Bonaparte s'empare de Venise pour récupérer sa marine bien équipée et alimenter les caisses de l'armée mal nourrie et mal équipée. Le Doge est obligé d'abdiquer et le Grand Conseil dissous. C'est la fin de l'indépendance, Venise ayant été le seul territoire italien à ne jamais avoir été occupé. Le congrès de Vienne rattacha Venise à l'Autriche, laquelle constitua le royaume lombard-vénitien. Suite à la défaite de l'Autiche contre la Prusse, alliée de l'Italie, Venise accepte d'être rattachée au jeune royaume d'Italie en 1866.
L'image d'une cité en train de sombrer fait partie intégrante de l'imaginaire de cette cité également associée au romantisme amoureux : amarrée depuis quinze siècles dans les vases de sa lagune à l'abri d'un frêle cordon littoral, la fabuleuse cité vénitienne qui chancelle sous l'effet des marées de l'Adriatique et des poisons de la pollution industrielle...
Accablée d'ans et de maux, de palais et de touristes, cette ancienne 'république sérénissime' vouée jadis à saint Marc l'Évangéliste, est aujourd'hui à la recherche d'un nouveau mode d'existence.